ma petite IVG

Il y a sept ans aujourd'hui, nous nous sommes séparés.

Je t'aimais depuis plusieurs mois et pourtant, je t'ai lâchement abandonné, pire, je t'ai donné la mort. 

Petite chose au cœur qui battait, encrée en moi... 
Je t'ai aimé jusqu'aux étoiles, à tel point que sans t'avoir jamais rencontré ailleurs que dans mes larmes et entre mes mains pleines de sang, j'étais prête à mourir pour toi... 
Si je n'avais pas eu tes frères pour me retenir, je me serais échappée avec toi.
On m'a fait croire que je ne méritais pas de te donner autre chose que la mort. 
On m'a fait croire que j'étais une mauvaise personne, 
On m'a dit que je ne te méritais pas. 
On m'a frappé pour avoir osé t'aimer et donné un nom... 
On m'a dit que c'était mieux sans toi.
Pour l'amour d'un homme, j'ai été capable du pire.
J'ai hurlé au désespoir et au silence, persuadée qu'il n'y avait rien d'autre à faire.
J'ai pleuré et pleuré et je pleure encore.
Mon chagrin est devenu colère et fureur, la honte me fait encore mal.
Il y a sept ans aujourd'hui je t'ai arraché à moi dans les larmes, le sang et la douleur.
Je t'ai accouché, seule, dans le tourment, avec les grands yeux bleus de tes frères pour me tenir debout.
Tu n'étais rien qu'une petite chose, tu n'étais rien que des morceaux de chair et du sang.
Tu n'étais rien d'autre que de la douleur, à en vomir... 
Tu n'étais rien.
Aujourd'hui c'est l'anniversaire de ta naissance et celui de ta mort aussi,
J'ose me regarder dans la glace, j'ose m'aimer à nouveau mais je n'oublie pas.
Il est plus facile de reporter la faute sur un homme malveillant, je ne veux plus souffrir de la culpabilité.
Je sais quel genre de mère abominable je suis, tu me l'as montré...
Alors, il est plus facile de faire croire que tu n'existes plus, que tu n'as jamais existé et que je suis folle de te parler... 
Ma petite chose au cœur bien fait, je te demande pardon, je t'aime encore. 
Je saigne encore.
Sept ans nous séparent mais pas un seul jour ne m'a éloigné de toi. 
Je ne t'ai pas donné la vie, mais j'ose espérer que cet Amour que je t'ai porté -et que je te porte encore en secret- te donne une existence, quelque part...
J'aime croire que de ce quelque part, tu veilles sur tes grands frères, et puis sur les petits... 
Je t'aime à travers eux, je ressens ta présence dans l'écart entre les cadets de la fratrie.
Il n'y avait rien d'autre à faire, la question n'est plus là
C'était il y a longtemps maintenant...
Ma petite IVG, laisse-moi te pleurer encore une fois pour raconter combien une femme peut être marquée.
Laisse-moi envoyer tout mon soutien à toutes les mamans qui ont la cicatrice dans leur corps et sur leur cœur.
Laisse-moi mettre en garde l'entourage de ces femmes courageuses : ne sous-estimez pas les séquelles d'une IVG.
On ne regrette jamais l'enfant qui vient au monde, on l'aime quoi qu'il en soit.
On pleure en silence celui qu'on perd, toute sa vie, même en imaginant qu'il n'était rien et que c'était pour le mieux ... 

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