Oser emmener tes enfants aux funerailles de mémée


Emmener son enfant à des funérailles ...

En pratique :


Toi, l’Emerveilleuse, tu lis cet article sur le Deuil de L'Enfant et son Accompagnement,

et tu te dis que tu vas le mettre en pratique pour les funérailles de Mémée demain.

Allez, courage…

"Les enfants, Mémée est morte."

Bien sûr, tu essaies de ne pas leur transmettre ton chagrin, alors tu leur expliques que c’est triste mais que c’est aussi une bonne chose car Mémée est libre désormais, elle a enfin pu quitter son corps qui lui faisait mal.

 

Comme tu ne veux pas leur imposer ta religion, tu vas leur expliquer que Mémée est peut-être un fantôme ou bien une étoile ou encore qu’elle a changé de costume/corps pour recommencer une nouvelle vie secrète ailleurs, ou peut-être qu’elle va juste se transformer  en squelette ou encore se transformer en cendres…

Aaaah !? Le squelette, ça leur plait bien comme idée !

 

Ensuite, tu veux faire ça bien, alors tu leur proposes de t’accompagner aux funérailles en leur expliquant tout ce qui les attend.

(c'est une chance qu'il s'agisse-là d'une mort naturelle et paisible)

Puis, comme ils ont décidé de venir, tu en parles à ton ex, le père du cadet, en lui demandant d’être attentif aux propos et réactions de votre enfant lorsqu’il sera chez lui car, il ne faut passer à côté de rien et accompagner votre chérubin dans son deuil de tout votre cœur. Evidemment, lui, le géniteur, il n’est pas d’accord, il considère que votre enfant est trop jeune et qu’il risque d’être traumatisé, il veut récupérer son gosse au plutôt qu'il aille au funérailles de sa Mémée, il a dit non, c’est non!

 

Bref, toi, émerveilleuse que tu es, tu décides que tu ne priveras pas ton gamin de cette cérémonie familiale et tu ignores royalement les tentatives de domination de ton ex.

Après tout, tu as tout préparé : le papa –qui a posé un RTT juste pour te soutenir- qui reste avec les petits frères pas loin, pour être présents en cas de difficultés, les jouets dans la voiture, tu as aussi prévu de t’éclipser pour calmer les enfants, les écouter, les rassurer si nécessaire…

Pourquoi interdire à un de tes enfants de venir avec toi s’il est demandeur?

Allez, c’est décidé, on y va tous ensemble! un p’tit mot dans le cahier de liaison pour excuser l’absence à l’école et, en route !

 

L’école… attends-toi aux sourcils froncés du cortège enseignant à ton retour.

 

Au bout de la route, ça y est, te voilà avec tes enfants, face au cercueil ouvert avec ce corps gelé qui dort dedans.

Il va falloir que tu prennes plus de temps à observer tes enfants qu’à t’introspecter.

« C’est qui ? C’est Mémée, ça !? Elle est bizarre…», « On dirait qu’elle a fait du bronzage… », « On peut la toucher ? », « Nan, moi je la touche pas, ça me fait un peu peur je crois ! », « Elle m’entend si je lui parle ou elle a fini d’être sourde ? », « Il est bien son cercueil, elle est bien enveloppée comme ça ! », « C’est là qu’on va la brûler ? », « Au revoir Mémée, bon voyage ! », « Mémée, tu peux me dire à l’oreille si tu veux devenir un fantôme ou une étoile ? »

… les enfants sont formidables !

La tendresse et l’amusement se mélangent au chagrin.

Tout semble si simple avec eux, en fait !

 

Voilà l’heure de la messe.

Tu retrouves quelques membres de ta famille devant l’église:

"Quoi ? tu es venue avec tes enfants !? tu ne trouves pas ça un peu déplacé !?"

"Mais, des enfants à un enterrement, on aura tout vu !"

"Ils ont intérêt à bien se tenir (dit le voisin dont le téléphone sonna durant la messe)"

"Ils ne sont pas un peu trop jeunes pour ce genre de choses ?"

"Oh, c’est bien de les avoir emmenés, la Mort fait Partie de la Vie, après tout !"

"C’est bien qu’ils soient là, Mémée aurait apprécié !"

 

Ça y est, tout le monde a donné son avis, on peut y aller. (Pourvu qu’ils se tiennent bien..!)

 

Le temps de la messe, tu vas pouvoir t’octroyer quelques minutes de prières et de larmes salées.

Tu vas surprendre quelques sourires inquiets et tes enfants vont te murmurer discrètement :

- Ça va Maman, pourquoi tu pleures ?

- Parce que je suis triste à l’idée de ne plus pouvoir construire de nouveaux souvenirs avec Mémée, et je repense à tous ceux qu’elle m’a déjà donné…

- Moi aussi, ça me rend triste, t’as raison !

- Papy aussi, il pleure…

- Prend la main de Papy et fais-lui un sourire, ça lui fera du bien.

 

- Pourquoi Tonton, il bouge sans arrêt ses mains ?

- Parce que c’est sa façon à lui d’exprimer son chagrin, tu dois respecter ça et ne pas te moquer !

 

- Il chante mal le monsieur derrière, il me casse les oreilles !

- A moi aussi, mais fais semblant de ne pas l’entendre, ne te bouche pas les oreilles, ce serait malpoli. 

 

Lorsque le prêtre allume l’encens : « Oh ! Ça y est, il lui met du brulé ! Elle va bruler là ? »

Lorsque le prêtre sort l’eau bénite : « Mais !? Elle ne peut pas brûler s’il lui met de l’eau ! »

 

- Ouvrez vos mains, les enfants on va faire un "Notre Père"

- Il faut faire quoi ? Check ?

- Non, non, ouvre tes mains, comme moi ^^

 

«  Regarde Maman, moi aussi je pleure ! J’ai compris qu’ils vont l’emmener Mémée... ! »

 

Quelle fierté c’était pour ta Mémée d’avoir ses arrière-arrière-petits-enfants dans sa vie ! Finalement tu as bien fait de les emmener, il ne pouvait pas en être autrement. Quel beau cortège familial derrière le cercueil qui quitte l'église!

 

Voilà que tes proches alpaguent tes enfants comme une bouée de sauvetage. Papy serre le cadet contre lui et Mamie ne lâche plus la main du grand.

 

En route pour le crématorium, allons rejoindre Papa qui ne manque pas d’observer les enfants et de leur poser des questions sur leur ressenti. Les enfants racontent fièrement: "Y’avait un téléphone qui a sonné et des chansons de Jésus et Tonton il n’arrêtait pas de bouger avec ses mains c’était trop pénible !  Maintenant on va brûler le cercueil ! et même que j’ai pleuré moi aussi!"

 

Le crématorium est aussi un lieu de critique et de désaccord :

"Ah non ! tu ne vas quand même pas les amener à la crémation ! Ils vont être traumatisés ces pauvres petits !"

  1. L’entrée dans la salle
  2. Le recueillement
  3. L’hommage
  4. Le geste d’hommage

Finalement c’est ici qu’on fait ses derniers adieux au cercueil, adieux à Mémée, c’est là que les larmes encore retenues s’échappent et que tes enfants deviennent un véritable soutien pour ceux qui en ont besoin.

C’est là que les regards embués se croisent et que les gestes de tendresse surviennent entre tous.

- Ça va aller Papy, je t’aime.

- Mamie, j’aime pas te voir triste, je t’aime…

 

Et quand tout le monde voudra partir il restera deux petites têtes blondes sur les bancs :

- Monsieur, o a le droit de voir le départ du cercueil ?

- On ne voit pas le four, explique le maître de cérémonie, on ne voit que, durant quelques secondes, le cercueil qui s’en va…

- On peut rester pour voir ?

 

Quelques regards indignés de ceux qui sortent: "C’est de la curiosité, rien d’autre !"

 

Papa te rejoint avec la poussette.

Tes enfants sont maintenant entourés de toute la famille la plus proche qui soit, tu es entourée de ta famille la plus proche qui soit, tout est pour le mieux...

- C’est une bonne chose d’avoir amené vos enfants, Madame, on n’en voit pas assez souvent.Vous les préparez pour affronter les difficultés de la Mort et du Deuil, Bravo ! te félicitera le maître de cérémonie avant de te demander comment vous aviez préparé les enfants au préalable, pour qu’ils réagissent si bien.

 

Voilà, c’est fait !

Tu as emmené tes enfants à des funérailles.

Tu as osé emmener tes enfants !

Tu leur as permis de toucher et de regarder la Mort en face.

Merci pour eux.

Merci pour tous les deuils qu’ils pourront faire par la suite grâce à ces instants que tu auras partagés avec eux, main dans la main.

 

Ne soit pas gênée, bientôt la maîtresse te demandera comment tu as fait pour si bien les accompagner dans ces moments si difficiles !

 

 

Emerveilleuse !

 

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