Lettre de révélations


Lettre d'une victime de Violence conjugale à la Gendarmerie Nationale 

Lettre de révélations


Soutien du dispositif de suivi systématisé des victimes de violences conjugales ou intrafamiliales

 

Monsieur le Maréchal des Logis Chef,

     Il y a quelques années, vous m’avez entendue dans le cadre d’une enquête de flagrance sur les violences conjugales dont j’étais victime. J’ai très mal vécu cet événement et je tiens à vous en faire connaître les conséquences, il n’y a aucun caractère malintentionné dans ce courrier. Ma présente démarche a pour objet d’appuyer la nécessité de respecter le dispositif de suivi systématisé des victimes de violences conjugales ou intrafamiliales au sein de votre unité.

 

Il y a quatre ans, je me suis présentée à votre unité pour déposer plainte contre mon ex-conjoint pour violences conjugales et diffamations. En dehors du traumatisme des scènes de violence et des sentiments éprouvants que représentait ma démarche, ma prise en charge a été une véritable épreuve.

Tout d’abord, vous m’avez auditionné en présence de mes deux enfants, alors âgés de deux ans et neuf mois, témoins des scènes de violence de leur père à mon égard, ils étaient très perturbés. J’ai beaucoup pleuré et bégayé lors de cette audition, j’étais véritablement bouleversée ; mes déclarations mélangeaient la peur à la culpabilité, mes bébés s’excitaient dans votre bureau et vous ne m’avez pas caché votre agacement. Ensuite, des photos des traces de coups sur mon visage, mes bras et mon dos ont été prises, toujours devant mes enfants, et mon honnêteté a été clairement remise en cause car les bleus s’estompaient compte-tenu de la date des événements, trois jours auparavant : « il aurait fallu venir avant », il n’y avait « rien à voir » sur mon corps à ce moment-là. Enfin, je vous ai révélé le trafic de stupéfiants de mon ex-conjoint ainsi que ses nombreux vols et fraudes. Vous m’avez alors conseillé de les dissimuler compte-tenu de ma situation. En effet, vous m’avez expliqué que bien que j’aie été contrainte et forcée de subir et endurer ses manigances durant notre vie maritale, je risquais d’être accusée de complicité et devrais répondre de toutes les conséquences de ses actes. J’ai donc suivi vos conseils, je n’ai jamais rien dénoncé par peur d’une quelconque incidence sur mes enfants.

Quelques jours plus tard vous avez auditionné mon ex-conjoint. Monsieur n’a pas manqué de me relater combien vous vous étiez « foutu de ma gueule » ensemble, que vous étiez un de ses clients et ainsi, combien je ne pouvais rien contre lui. Effectivement, quelques mois plus tard, la plainte a été classée sans suite pour « carence du plaignant ». Mon ex-conjoint s’en est trouvé plus fort et a réussi à me convaincre que j’étais responsable de tout, qu’il fallait que je me fasse soigner.

 

Lorsque je me suis présentée à vous, je n’avais pas de famille, aucun soutien sur place, aucune échappatoire. Alors pendant plus d’un an après ma déposition, malgré une séparation de fait et un déménagement, j’ai subi les assauts de mon ex conjoint. Il débarquait chez moi à l’improviste… coup de pieds dans les jambes, coups de tête, coups de poing dans le ventre, gifles, insultes, menaces, vêtements déchirés, objets cassés, contrôle de mon téléphone, courriers et historiques internet, vols de documents personnels et intimes, chantage affectif et sexuel… je n’ai pas osé une seule fois revenir vers une unité de gendarmerie, marquée par votre audition, honteuse de ma déposition complexée, persuadée d’être ridicule, de ne pas être vraiment une victime, certaine d’avoir mérité mon sort…

 

Finalement, j’ai réussi à me libérer de l’emprise de mon ex-conjoint en quittant le département, avec mes deux petits garçons. J’ai repris mes études puis me suis autorisée une vie professionnelle et sentimentale épanouie. Aujourd’hui, j’ai la garde de notre fils en commun et mon ex-conjoint exerce un droit de visite et d’hébergement. Outre le fait qu’il refuse de payer une pension alimentaire, il tente toujours d’exercer son emprise sur moi en me menaçant, me faisant du chantage, modifiant ses décisions et ne respectant aucun de ses engagements, en me dénigrant auprès de notre fils et manipulant notre entourage (familles, éducateurs, professeurs, magistrats…).

Le vol et le trafic font toujours partie de son quotidien mais je reste impuissante face à ça. Je me contente d’éduquer mon fils le plus sainement possible pour qu’il ne suive pas cette voie, je m’en sors plutôt pas mal, puisqu’il veut être gendarme !

 

Je travaille actuellement pour la protection de l’enfance et le soutien aux victimes de violences conjugales. J’ai ainsi pu prendre connaissance du dispositif de suivi systématisé des victimes de violences conjugales ou intrafamiliales mis en place dans les services de police ou les unités de gendarmerie, ce qui me pousse à vous écrire ces lignes… Ma présente démarche a pour objet d’appuyer la nécessité de respecter ce dispositif !

 

L’accueil et la prise en charge que vous m’avez réservée il y a quatre ans m’ont littéralement anéantie. Malgré des signes de violence évidents, vous n’avez rien repéré et aucun véritable parcours n’a été mis en place pour prévenir les récidives. J’avais besoin d’aide pour assurer ma sécurité et celle de mes enfants, je me suis retrouvée seule avec Lui. J’ai payé de ma personne et de celle de mes fils, ce manque de formation de votre unité. J’en subis encore  les conséquences aujourd’hui puisque je me bats pour faire reconnaitre les violences dont j’ai été victime afin que mon ex-conjoint cesse de me harceler et que mon fils soit préservé de la malveillance de son père à mon égard.

 

     Espérant que cette lettre aura retenu votre bienveillante attention ainsi que celle de votre unité, sans animosité aucune, je vous prie de recevoir mes salutations les plus distinguées.

 

 

Une Victime de Violences Conjugales

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